Publié le 03/09/2013

L'oeuvre de William Morris, inspirée et inspirante


Peintre et dessinateur, designer textile et imprimeur, écrivain et poète, homme d'affaire et homme politique socialiste, défenseur de la nature et du patrimoine, William Morris est une figure historique de la Grande-Bretagne. Il reste, aujourd'hui, majoritairement célébré pour l'impulsion qu'il donne aux arts décoratifs dés 1861, et pour le style particulier qu'il insuffle aux textiles et papiers peints, et dont nous sommes les héritiers.

Les théories de William Morris concernant les arts décoratifs, reposent sur la démocratisation de l'art et ses savoir-faire, afin que l'ouvrier devienne un artisan ou artiste épanoui, qui réalise de ses mains de beaux objets de qualité. Il lutte toute sa vie pour l'épanouissement de l'art dans une société régie par un capitalisme qui produit en masse des objets dénués de sens. Afin de soustraire à la production, les impératifs de rentabilité et de rapidité, il propose la création d'objets et de meubles beaux et pratiques.

William Morris papiers peints et textiles tradition anglaise

Étudiant en architecture puis en peinture, il se lie aux artistes de la confrérie préraphaélite dont Edward Burne-Jones et Dante Gabriel Rossetti. Les préraphaélites sont nostalgiques d'une authenticité de l'art qu'ils considèrent perdue sous l'effet de l'industrialisation et du commerce. Passionnés par les peintres primitifs italiens, leurs sujets de prédilection sont les thèmes bibliques, le Moyen Âge, la littérature et la poésie (Shakespeare, Keats...). Leurs tableaux sont colorés, porteurs de multiples symboles et références littéraires, sensibles à la nature et aux questions sociales. 

Les romans et poèmes de Morris, d'inspiration médiévale (il influence l'oeuvre de Tolkien), et sa passion pour les manuscrits médiévaux, la calligraphie et l'enluminure, témoignent de cette nostalgie pour les temps moyenâgeux. D'autre part, Morris applique les principes préraphaélites au décor, au mobilier et à l'illustration de livre jusqu'à résonner dans l'exaltation des lignes féminines et végétales de l'Art Nouveau. 

Animés par une haine de la civilisation moderne, Morris et les préraphaélites désirent apporter un peu d'humanité dans une Angleterre à la dureté de pierre, habitée alors par la laideur du goût bourgeois victorien.

 

Dante Gabriel Rosseti et Edward Burne Jones

En 1859, la construction et la décoration de la Red House, qui devient la résidence de la famille Morris, représente la première tentative de William Morris et ses amis d'échapper à ce mauvais goût éclectique et chargé. Déçus par la pacotille disgracieuse et standardisée produite sous la révolution industrielle, ils décident de fabriquer eux-mêmes meubles, vitraux, textiles, papiers peints… en s'inspirant du style gothique qui leur est cher.

The Red House de Morris and Co

Forts de cette expérience, il fondent en 1861 la firme Morris, Marshall, Faulkner & Co, qui acquiert rapidement une excellente réputation. Elle devient, par la suite, l'entreprise Morris & Co, lorsque seul Morris en reste le propriétaire. L'activité dure alors jusque 1940. L'entreprise prospère et les ouvriers, devenus artisans d'art, libérés de l'esclavage des machines, retrouvent le plaisir de travailler à l'embellissement du monde.

Le style Morris & Co, qui perdurera par la suite, se démarque, à l'époque, par la qualité et la beauté des papiers peints et tissus d'ameublement, inspirés du monde végétal, dessinés par Morris lui-même. S'il excelle à entrelacer tulipes et feuilles de saules, c'est qu'il se délècte des charmes de la nature dès l'enfance. Toute son oeuvre de poète et d'artiste en est influencée. Il doit à son observation précise de la nature, la frappante vérité de ses décorations florales. De la passion d'un enfant pour la nature, est né, non pas seulement le talent d'un décorateur, mais également l'ardeur d'un défenseur de l'environnement.

la société Morris and Co

Ce n'est que bien des années après sa mort que l'impact de l'oeuvre de William Morris est mesuré, et qu'il apparaît comme l'initiateur du mouvement Arts & Crafts (arts décoratifs et artisanat d'art) en Grande-Bretagne, et de l'Art Nouveau en France et en Belgique, autour de 1900.

En 1888, la première exposition d'Arts & Crafts ne présente que très peu de créations de Morris. Les membres de l'Art Workers Guild (regroupement d'architectes, artisans d'art, peintres et sculpteurs) n'imaginent pas encore la grande influence qu'aura, par la suite, ce grand homme.

Pour le centenaire de sa mort, en 1996, à l'occasion d'une exposition organisée par la William Morris Society et la Society of Designer Craftsmen, il est constaté l'épanouissement toujours grandissant de l'artisanat d'art et la survie inespérée des arts décoratifs, dans un contexte politique, environnemental et commercial actuel pourtant déplorable. William Morris laisse donc encore derrière lui, de beaux jours pour les arts décoratifs.

Marion Gaillien

Article publié dans Zoom sur..., Art Déco Design chez Au fil des Couleurs.